EHPAD du Bon Pasteur à SMH : “En grève pour la dignité, pas pour la charité !”

Depuis le 29 avril, les salarié.e.s de l’EHPAD du Bon Pasteur à Saint Martin D’Hères sont mobilisé.e.s avec leur syndicat Sud Santé Sociaux contre le management agressif de la direction de l’établissement et pour plus de démocratie, mais aussi plus généralement pour de meilleures conditions de travail et matérielles, ce qui implique de meilleures conditions pour les résident.e.s de l’EHPAD. Le contexte de pandémie et ses multiples complications agit qui plus est comme “la goutte d’eau qui fait déborder le vase”. Après une première réunion avec la direction sans aucune avancée, ils et elles choisissent de passer à des modalités de mobilisations plus énergiques, pour obtenir satisfaction.Nous publions leur texte détaillant leurs justes revendications et leur apportons notre soutien inconditionnel.

Nous avons commencé une grève illimitée le 30 avril 2020, en sachant qu’au départ nous avions choisi des horaires qui ne perturbent que très peu le fonctionnement de l’EHPAD et le rythme des résident.e.s. Depuis le 12 mai 2020 cependant, nous avons été contraint à opter pour des horaires qui peuvent perturber le fonctionnement de l’établissement, car la réunion de négociations du 5 mai 2020 avec la direction n’en n’était pas une, mais simplement une réunion d’explications, et nous sommes à ce jour totalement insatisfait-e-s.

Il n’y a jamais eu de grève avant dans l’établissement et qui plus est nous sommes le premier EHPAD à faire grève en France en ce moment, c’est donc un contexte très particulier. Nous ne sommes pas élu-e-s au Comité Social et Économique (CSE) de l’EHPAD ce qui rend nos actions plus difficiles à accomplir. Mais même si il y a un soutien très fort des salarié-e-s, ils et elles ont encore peur des représailles et des pressions, et c’est pour cette raison qu’un certain nombre ne fait pas encore grève.

Quelles sont nos revendications ?

Nous ne voulons plus de management par la peur et la menace physique et/ou psychologique.

Tout ce qui existé avant est exacerbé par le Covid-19 est tout ce que ça implique en terme de perturbations d’organisations de travail, de temps, des relations, du durcissement du management, les tensions qui existé déjà avant ont pris une ampleur beaucoup plus importante.

Comme par exemple, l’externalisation des agents de service hospitalier, qui est pour nous une épée de Damoclès, est un sujet qui est remis sur la table depuis plusieurs années ce qui engendre entre autres une incertitude sur notre avenir professionnel, des pressions en tous genres. Nous avons fait une pétition au mois de décembre contre l’externalisation signé par une majorité de salarié-e-s. À la suite nous avons eu une réunion au mois de janvier avec la direction et la sœur supérieure qui a entre autre tenu ses propos confirmés par l’adjointe de direction lors de notre réunion dite de négociations du 5 mai 2020 : ” Si vous souriez et qu’il n’y a pas d’absences, alors tout ira bien .”

Nous exerçons des métiers où les accidents du travail, les arrêts maladies se retrouvent en tête dans les statistiques en France. Nous nous épuisons. Nous sommes aussi victimes d’agissements de la part de certain-e-s de nos supérieur-e-s de gifles, on nous prend au visage, humiliation, propos sexiste, on se fait gueuler dessus, des remarques sur des physiques, … Au fur et à mesure du temps qui s’écoule depuis des années, certain-e-s d’entre nous parfois s’emportent car on en peut plus de ce management par la terreur. On craque au bout d’un moment… Le directeur a quant à lui confirmer lors de notre réunion de négociation du 5 mai 2020, qui n’en était pas une pour nous, avoir tenu des propos virulents.

Et tout ceci c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase parce que cela fait un bon moment que sa dure et nous on veut se battre pour le bien-être des résident-e-s, le bien-être de tout le personnel, de tout le collectif de travail. La qualité de vie des résident-e-s dépend aussi de nos conditions de travail. Le collectif de travail est maltraités par un management qui remet en cause les conditions de travail
donc le bien-être des résidents et le bien-être des différents métiers.

Plus de professionnel-le-s au quotidien et du matériel adapté en nombre suffisant.

Notre priorité c’est la dignité des résident-e-s qui est indissociable de nos conditions de travail. On ne peut pas se permettre des économies de bout de chandelle par rapport à des besoins évidents. Nous demandons d’être plus de professionnel-le-s au quotidien pour que les résident-es puissent être accompagné-e-s dans le respect de leur dignité qu’ils/elles devraient avoir. Nous voulons avoir le temps dont ils/elles ont réellement besoin et non en fonction du rythme de l’établissement.

Du matériel est obsolète et peut-être dangereux pour les résidents comme par exemple des chaises non adapté qui sont branlantes et parfois se cassent. Elles sont réparées par trois, quatre bouts de bois et quatre roulettes. Le matériel insuffisant est plus particulièrement en ce moment d’épidémie au Covid-19. Comme par exemple les lavettes pour la désinfection de l’établissement qui sont comptabilisées du fait d’une dotation mais qui reste encore insuffisant à ce-jour.

Nous en n’avons pas plus qu’avant le Covid-19 , ce qui a pour conséquence en matière de désinfection, un surcroit de passage par exemple les mains courantes (3 fois/ j), les chambres (2 fois/j), afin de diminuer les risques de contaminations des résident-e-s et des salarié-e-s comme nous l’ont demandé la direction et certain-e-s de nos encadrante- s. Ce qui nous oblige à en quémander discrètement à certain-e-s salarié-e-s. Nous avons de nouveau fait remonter entre autres ces informations lors de notre réunion dites de négociation du 5 mai 2020. Nous imaginons que c’est le cas de presque tous les EHPAD.

Démocratie au sein de l’établissement, égalité professionnelle pour toutes et tous et l’application de tous nos droits avec rétro-activité.

Cette démocratie est nécessaire pour réduire les tensions au travail, améliorer la qualité de travail donc la qualité d’accompagnement des résidents et plus généralement l’ambiance. Nous on veut plus de transparence et de démocratie parce que l’on veut prendre soin du collectif de travail. Et prendre soin de notre collectif de travail c’est nous permettre d’accomplir nos missions respectives et de prendre soin des résidents. Nous ce que l’on veut c’est le respect de la loi, donc de nos droits, et que l’on respecte nos métiers.

En effet certains de nos droits ne sont pas appliqués comme par exemple l’article L3121-
3 du code du travail concernant les temps d’habillage et de déshabillage qui doivent faire l’objet de contrepartie, ou encore l’article 5 de notre convention collective et l’article 23 de notre règlement intérieur concernant les sanctions disciplinaires qui ne sont pas appliquées pour tout le monde.

Nous luttons parce que nous voulons le respect de la dignité des résident-e-s et des salarié-e-s, on se rend bien compte que le Covid-19 a modifié notre travail et que c’est devenu plus contraignant, plus stressant qu’auparavant. Avec la direction ça se passe mal.

Revalorisation salariale / prime exceptionnelle.

Même si notre gouvernement à décider la semaine dernière de nous octroyer une prime exceptionnelle, ce qui certes mettra du beurre dans les épinards, mais ceci ne changera pas nos conditions salariales et nos conditions de vie. Nous voulons une vraie reconnaissance de notre travail et c’est pourquoi cette prime ne doit pas se substituer à une revalorisation salariale et c’est entre autre pour toutes ces raisons que nous demandons une augmentation de 300€ net par mois pour l’ensemble des salarié-e-s.

L’ensemble des Français a pu constater quels étaient les métiers essentiels à la vie pendant le confinement. Nous faisons le choix de lutter car comme les caissièr-e-s, les routièr-e-s, les métiers du médico-social, les libéraux, les professionnel-le-s du domicile, ceux de la fonction publique hospitalière et tous ceux qui comme nous ont été et sont les premiers de corvées.

Nous luttons pour la dignité et non pour la charité ! Soutenez-nous !

contact : Section syndicale SUD Santé-Sociaux EHPAD du Bon Pasteur
bonpasteursmhsudsantesociaux38@gmail.com

EHPAD du Bon Pasteur à SMH : “En grève pour la dignité, pas pour la charité !”